Rouge et blanc

Non, ce n’est pas un article sur Monaco ou sur les vins à boire en période post fêtes. Non, aussi aberrant que cela puisse paraître en cette saison, il s’agit bien de parler une fois de plus de canyoning. Et non, il ne s’agit pas de trip canyon en hémisphère sud où l’été bat son plein, ni du dernier canyon sec à la mode des Alpes Maritimes, équipé pour ronger son frein en attendant l’autorisation de retourner dans l’eau au 1er avril. Alors pourquoi ce titre ? Il me suffit de vous montrer une photo pour comprendre.

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Avant d’aller plus loin dans la description de ces deux journées qui m’ont amené à parcourir le vallon de Challandre dans les gorges du Cians et la célèbre clue d’Amen dans les gorges du Daluis, faisons un point législatif. Dans notre cher département, royaume métropolitain du canyon français, la pratique de notre activité est interdite du 1er novembre au 31 mars par arrêté préfectoral. Pourquoi une telle interdiction vous demandez-vous ? La raison principale que j’évoquerais est la question des secours. En effet, en hiver, l’eau devient froide voire glacée. Les risques d’hypothermie et d’accidents sont multipliés du fait de l’environnement et de la fatigue supplémentaire occasionnée. De plus, à la fonte des neiges, les crues peuvent être démoniaques. Bref, cela requiert parfois des compétences poussées en matière de canyoning pour parcourir nos canyons durant cette période. Donc, pour éviter de trop faire décoller les hélicoptères de nos sympathiques et forts utiles secouristes, on a préféré en interdire la pratique. On pourrait évoquer également un petit côté écologique où les truites de la Maglia pourraient profiter d’une période de repos pour se reproduire sans risquer de se faire piétiner par une semelle de 5.10. Mais là, c’est juste une hypothèse.

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Bon, OK, les canyons sont interdits, mais pas tous. En effet, l’arrêté préfectoral stipule que ne sont pas concernés les canyons dits secs ou habituellement secs. Un peu floue comme notion, mais cela signifie qu’on peut toujours aller s’amuser à taper des rappels dans des vallons pourris en doudoune ou même attendre de bonnes pluies pour descendre ces mêmes vallons en eau. Et ça c’est cool !

Bon, vous avez saisi l’idée, Challandre et Amen sont bien sûrs interdits pendant la dite période. Cependant, ces canyons-là font partie de la liste d’une quarantaine de canyons gérés par le Conseil Général. En tant qu’instance suprême de notre département, tout doit être irréprochable et les canyons concernés sont donc contrôlés chaque année. Je vous passe les raisons administratives qui font que cela doit être fait en plein hiver et me voilà donc à travailler pour le CG, par le biais de la FFME à gigoter dans des vasques à demi-gelées !

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Parlons un peu technique maintenant. Le principal souci en hiver en canyon, c’est le froid. Plusieurs solutions s’offrent à nous en matière d’équipement.

On peut s’habiller en combinaison étanche. Seules les extrémités sont exposées : tête, mains, et pieds (les pieds pas toujours). Dessous l’étanche, on s’habille comme on veut (polaire, doudoune…) Les gros avantages, c’est le poids et la mobilité. Les gros inconvénients, ce sont l’hydrodynamisme, la fragilité et le prix. En effet, on a du mal à nager en étanche, et il s’agit de ne pas la percer en milieu de canyon, conséquences tragiques. Gare donc aux frottements. Il vaut mieux éviter les toboggans et les canyons aux nombreuses désescalade qui frottent. Amen et Challandre sont parmi ceux-là.

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On peut également s’habiller en humide, c’est à dire en néoprène classique. Plein de combinaisons de combinaisons s’offrent à nous, entre la deux pièces, la monopièce, la fine, le shorty, la souris, le lycra, le K-Way. Pour ma part, je sors avec ma Vade Retro 2 pièces 5mm classique, + lycra + souris 2mm et les indispensables chaussons 5mm et gants 3mm. Avec ça, je traverse une vasque sans ressentir le froid ailleurs que dans les mains, ce qui serait presque pareil avec une étanche. Inconvénients : poids et mobilité. Avantage : protection contre les gamelles et indestructible (ou presque).

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Voilà donc, le principal secret pour ne pas mourir de froid, c’est de bouger. Tant qu’on garde le rythme, ça va. Il ne faut pas trainer dans les manips de corde, et il faut prendre garde à la fatigue, qui survient bien plus vite qu’en été. Il s’agit également de prévoir d’avoir bien mangé, d’avoir de quoi se réchauffer au cas où, et tout l’attirail de glaciériste si le canyon a commencé à geler : crampons, piolet, quelques broches à glace au cas où. Avec tout ça, on peut enfin commencer.

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Lors de la descente du vallon de Challandre avec David, nous n’avons pas eu besoin du matériel de glace. C’était une très belle journée de janvier, juste après une chute de neige fraîche. A ce moment de l’année, point encore de stalactites dangereuses, juste 30 bons centimètres de poudreuse qui vont ralentir notre progression dans la marche d’approche et rendre un peu plus délicate la recherche des ancrages. La première partie était la plus fastidieuse. Ça glissait beaucoup et le vallon était à l’ombre. Il fallait avancer vite. Arrivés aux cascades, le soleil a fait son apparition et il faisait suffisamment doux pour que nous prenions le temps faire quelques toboggans.

La clue d’Amen a nécessité une autre logistique. Marche d’approche conséquente, canyon long, glissant et ombragé… Nous avons fait la descente avec Guillaume alors que le froid avait déjà bien attaqué sa progression. La vasque de la cascade finale était bien gelée. De la neige sur les rives, de la glace sur la roche aux abords de l’eau et de l’eau bien bien froide là où ça coulait. Étant donné qu’il était indispensable que l’un d’entre nous progresse en crampons pour certains passages particulièrement glacés, Guillaume les a gardé aux pieds, préférant avoir un pied sûr. Moi je les ai gardé dans le sac. Ça complique le passage des cascades mais ça permet de garder plus d’agilité. Les pires moments d’inconfort ont été ceux où il a fallu mettre la tête sous l’eau. mais à part ça, nous avons bien géré le froid et notre vitesse de progression a été plutôt bonne (un peu moins de 3h dans le canyon).

Bon, mis à part le côté masochiste de cette activité, les paysages traversés sont tout simplement hallucinants. C’est un peu comme se retrouver au sommet d’une montagne enneigée à chaque pas. De l’émerveillement, encore et encore…

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2 réponses à Rouge et blanc

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  2. david dit :

    yo l’ami,
    bien sympa ton article, à bientôt pour de nouvelles aventures au soleil…
    David.

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