Canyoning : Trilogie des verticales arrosées – Riou Blanc, Cascades de Louch, Moulin de Roubion

La saison professionnelle de canyoning touche à sa fin. Après de nombreux Loup, encore plus de Cramassouri, quelques Maglia et Bollène, il était temps de se souvenir que le canyoning, ce n’est pas que du ludique. On peut aussi le pratiquer de façon un peu plus sportive. Et pour cela, rien ne vaut un débit d’eau conséquent et quelques verticales bien arrosées.

Après vérification de l’agenda, on arrive à caler une date avec Renaud. Le vendredi, on a toute la journée, une motivation à toute épreuve et l’envie d’en découdre avec de l’écume et des embruns. On se décide pour une trilogie dans la vallée de la Tinée : Riou Blanc, cascades de Louch et Moulin de Roubion. Le timing est serré, entre les marches d’approche et les déplacements en voiture, mais on commence à bien se connaître avec Renaud et on sait qu’on peut avancer très vite lorsqu’on le veut. Un petit coup de fil à Anaïs qui, comme toujours est partante pour la petite aventure. Une bonne petite équipe de trois, c’est encore ce qui marche le mieux. Et nous voilà partis pour une longue et fatigante journée de canyoning.

Episode 1 : Riou Blanc

Le premier beau grand rappel Le premier beau grand rappel

Le riou Blanc est un torrent de montagne qui se jette dans le vallon de Roya. Toujours en eau, avec un débit conséquent, le vallon n’est cependant pas très encaissé et la majeure partie des obstacles sont évitables par le chemin d’approche qui longe le ruisseau. Les amarrages (très corrects) obligent souvent des descentes en dehors de l’actif mais on ne s’en plaint pas tant le débit et la configuration torturée des cascades rendent souvent impossible une descente directement dans l’eau. D’autant plus qu’elle est froide !! Au final, c’est une course moyennement intéressante, car seules 2 belles cascades autorisent à se faire un peu brasser. Le reste du temps n’est que marche dans un joli vallon entrecoupée de rappels. Nous avons parcouru le canyon en 3h de voiture à voiture, pour se rendre compte qu’une vitre ouverte oubliée nous a coûté pas moins de 3 cordes… A ceux qui se permettent de taxer du matos comme ça, je dis qu’il faut bien peu d’estime de soi, et encore moins de respect de l’autre. Mais qu’importe, cette journée n’est pas dédiée à l’éducation de l’humain mais au canyoning et l’épisode sera bien vite oublié lorsqu’on sera au sommet de la C85 du Louch…

Episode 2 : cascades de Louch

Belle gestion d'équilibre Belle gestion d'équilibre

Nous avons bien avancé dans Riou Blanc. On peut donc s’autoriser une petite pause à Isola histoire d’acheter de quoi recharger les batteries : pain, saucisson, fromage, biscuits et crèmes glacées sont englouties en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter. La marche d’approche des cascades est raide mais pas trop longue et le sentier est plaisant. Seul bémol, il faut porter des grandes cordes. Nous voulions en effet descendre la cascade d’une traite, sans utiliser le relais intermédiaire à mi-hauteur en rive gauche. Après cette petite bavante, nous voici donc à la deuxième session d’équipement à côté de la table bancale, point d’entrée de ce beau canyon qui commence par la traversée d’un tunnel de tôle… Les premières cascades s’enchainent toujours à bon rythme. Le canyon est beaucoup plus austère, la roche sombre et glissante et le soleil est déjà passé de l’autre côté de la montagne. L’eau est froide également, mais nous sommes toujours dans l’action et le débit encore une fois plutôt conséquent maintient notre vigilance. Un qui équipe, le premier à descendre se rend à la cascade suivante tandis que les deux derniers descendent et enkitent. Nous arrivons très vite au passage tant attendu : la C11 aboutissant sur la vasque suspendue au dessus de la C85. Cela fait toujours son petit effet d’aller se suspendre au relais plein gaz… Je m’occupe de l’équipement de la C85 et fais passer Renaud puis Anaïs. Puis vient mon tour, et le plaisir assez exceptionnel que l’on peut ressentir à gérer sa descente la plus fluide possible, à glisser sur le dos, se redresser sur les pieds, passer un ressaut, gérer l’élasticité de la corde en laissant filer plus ou moins rapidement et se prendre de l’eau sur le casque. Ne pas s’arrêter, regarder vers le bas, sentir le poids de l’eau sur la nuque, qui tape de plus en plus violemment. Et toucher terre, trop rapidement. Tout est déjà fini. Le reste du canyon est bien soutenu et les cascades arrosées s’enchainent sans interruption. L’équipement est béton (canyon CG oblige, merci David pour la vérif) et placé efficacement. Deux heures après avoir quitté la voiture, nous voilà de nouveau sur le parking à retirer nos combis pour la deuxième fois de la journée. Allez, encore une fois et on est bon. Direction St Sauveur et la vallée de la Vionène.

Episode 3 : Moulin de Roubion

Le dernier rappel Le dernier rappel

Les vivres de courses avalées à la hâte dans la voiture, nous arrivons au parking aval du canyon où mon père nous attend pour la navette. Service à la carte !! Les sacs sont déjà prêts, les cordes lovées ou enkitées lorsque nous débarquons sur le parking amont. Le propriétaire du terrain par lequel passe le chemin d’accès nous informe gentiment qu’il faut faire attention car quelqu’un a placé des ruches tout juste à côté du chemin. Qu’à cela ne tienne, la marche d’approche est très courte et nous voici en train de nous équiper sur le bord de la route, poussant de petit soupirs plaintifs à devoir enfiler nos néoprènes si glacées. Mais c’est pour la bonne cause et si nous commençons à être fatigués, nous savons que le canyon est beau, court et sans marche ! Gonflés à bloc, nous quittons mon père en le remerciant chaleureusement de nous avoir évité les 45 minutes de marche retour sans navette et fonçons au travers des abeilles finalement complètement placides. Il faut croire qu’elles ne sont pas impressionnables et que 3 canyoneurs en équipement complet n’est pas assez intéressant pour les soustraire à leurs tâches. Bref, nous voici donc directement dans le vif du sujet avec un canyon de nouveau froid et glissant. La fatigue accumulée rend nous déplacements un peu moins efficaces et la vigilance maximum est de mise. Le débit est présent également. Renaud s’occupe cette fois d’équiper la cascade de 60m. Une petite main courante, le kit boule est le premier à passer sous les trombes d’eau. Je le regarde disparaître avec excitation. Là, ça a l’air sérieux. La Kordas est prête, passée en rapide croisé dans mon 8 et je pars sans réfléchir. Le début de la descente se passe au sec. Puis vient l’instant où le choix de passer dans l’actif s’impose de lui-même. Ca gronde, ça coule fort et c’est juste le meilleur moment de la journée, celui où tu te jettes sous les trombes d’eau en gueulant un bon coup, que tu laisses filer la corde sous tes doigts sachant que la seule chose qui importe c’est de descendre. C’est assourdissant, c’est assommant. Je ne vois plus rien. Plus rien n’a de sens. Mes pieds ne touchent plus la paroi. J’ai l’impression de tourner sur moi-même mais je n’en suis pas sûr. Puis de nouveau un appui, un point de repère. Je reprends pieds et parviens à sortir du gros du débit. Tout ça n’a duré que quelques petites secondes, le temps d’une vingtaine de mètres. Mais quelles secondes !! Je termine ma descente et recule pour faire signe aux autres que tout est ok. Anaïs se lance et choisit la même trajectoire. Je retiens mon souffle en même temps qu’elle lorsqu’elle s’engouffre sous le déluge et que je la perds de vue. Elle ressort quelques secondes plus tard et libère la corde avec un énorme sourire aux lèvres. Là, on est d’accord. Renaud gère le rappel de la main courante et change le huit en butée de côté pour pouvoir rappeler les cordes raboutées, descend, tire sur la corde de rappel et, magie de la chose, tout fonctionne ! Ok, maintenant, ce n’est plus que du bonus, de nouveau nous enchainons les cascades toutes aussi jolies les unes que les autres jusqu’à ce qu’une petite erreur d’attention me fasse oublier un sac au sommet d’une cascade. Et évidemment, je ne m’en rends compte que lorsque j’ai déjà rappelé la corde… Allez, il fallait bien en faire une, tout avait été parfait jusqu’à maintenant. Corde enkitée, je remonte en rive gauche du canyon en mode bartasse/escalade (avec une vague réminiscence d’une certaine marche d’approche du raton) pour réussir à regagner le canyon 3 cascades plus haut. Un tour gratuit !! Là, tout le monde fatigue, il est temps de terminer. Il est 19h lorsque nous retrouvons la voiture. 2h30 navette comprise. Nous sommes satisfaits, heureux, et crevés.

Epilogue conclusif

Finalement, l’enchainement de ces 3 canyons dans cet ordre aura été plutôt bien choisi car l’intérêt et la beauté aura été croissant tandis que les temps de parcours et les difficultés physiques auront été décroissantes. Si Riou Blanc est un peu décevant, il est à faire au moins une fois car assez atypique (en tout cas par rapport à mon expérience). Les cascades de Louch sont une valeur sûre avec (il me semble) la plus grande cascade arrosée du département et Moulin de Roubion et sa C60 terminent l’aventure dans une explosion d’émotions ! L’aventure nous aura pris 11h30 (de 9h30 au départ du Riou Blanc à 19h00 à la fin de Moulin de Roubion) et demande une bonne condition physique pour s’attaquer aux marches d’approche raides, tenir la longueur et résister aux eaux assez froides dans ces canyons, tout en gardant un état de vigilance acceptable. Sans être non plus l’aventure du siècle (ce n’était pas un Chamjé Khola), je crois pouvoir affirmer que c’est la journée de canyon la plus difficile que j’ai faite à date : de l’eau et des rappels à n’en plus finir. Aucun saut, aucun toboggan. Juste du débit sur le casque !

Allez, il est l’heure de redescendre vers Nice, là où ma chère coloc Céline m’attend pour un lendemain dans un autre registre : l’ascension du toit des Alpes Maritimes, le Gélas ! Mais ça, c’est pour la news suivante…

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