Balade en eaux claires : la Carléva

Après cette journée en montagne, il était temps de redescendre dans le domaine un peu plus familier de la rivière encaissée. Le vallon de la Carléva est un grand classique du département. Seule la marche d’approche peut paraître un peu rédhibitoire avec ses 2 heures annoncées dans les topos guide. Et c’est vrai qu’elle est longue cette marche. Nous l’avons effectuée en 1h30 en marchant sans se presser, mais sans traîner non plus. Elle monte assez régulièrement, et surplombe le vallon sur une bonne partie de sa longueur. Très jolie et agréable, à entreprendre tôt le matin pour éviter de se prendre trop de soleil ou par journée couverte comme nous. L’avantage, c’est qu’on y voit pas vraiment foule… Un canyon au caractère sauvage bien marqué et une balade dans un petit coin de paradis.

Sur la marche d'approche Sur la marche d'approche

Arrivé au départ du parcours, accueilli par un beau panneau CG et l’arêté préfectoral, il n’est pas utile de se presser pour mettre la combi car il reste une dizaine de minutes de marche en rivière ombragée, dans un univers très végétal et verdoyant, prémisse de la beauté assez époustouflante du canyon qui va suivre. Parmi les 4 participants de cette sortie, tous plutôt aguerris dans l’activité, aucun de nous n’avait déjà parcouru la Carléva. C’était d’ailleurs un objectif de saison pour au moins deux d’entre nous. J’avais entendu des échos plus ou moins mitigés : beau canyon mais trop de marche, beaucoup de toboggans mais peu d’eau… Bref, on ne savait pas trop à quoi s’attendre.

Le petite marche en rivière du début Le petite marche en rivière du début

Lorsque nous arrivons au premier bassin, déjà, nous avons tous le sourire aux lèvres. L’eau est claire, la vasque bleue et seule la lumière du soleil manque pour illuminer le tout. Nous finissons de nous équiper pour nous jeter à l’eau dans un petit saut et une belle gerbe. Elle est fraîche, mais pas froide. Ça ira côté température corporelle. Le mise en bouche effectuée, nous attaquons la descente. Anaïs, Laura, Paul et moi-même enchainons les cascades formant régulièrement des toboggans super esthétiques qui,  malgré ce débit un peu faible, offrent de bons moments de jeux souvent reproductibles. Pas mal de sauts ponctuent la course et nous posons assez peu la corde. La première partie du canyon est exceptionnelle. Ludique et esthétique, presque rien à envier à sa voisine du versant opposé, la célèbre Maglia, si ce n’est un débit assez faible en cette saison. L’eau est si claire et le caillou suffisamment adhérent pour ne pas galérer dans les quelques zones de marche. La rivière n’est jamais très encaissée, et le vallon est très boisé, les abords moussus. On se sent vraiment loin de tout, quatre pièces rapportées dans un monde enchanteur et cristallin, au décor figé depuis les dernières crues et orages. De nombreuses branches et autres troncs jonchent la rivière et le fond des vasques, et la prudence est de mise lorsque le fond des vasques n’est pas visible.

Saute ou saute pas ? Saute ou saute pas ?

Cependant, celles-ci sont si belles qu’il est impossible de résister à l’envie de s’y jeter. Alors on s’y jette de bon cœur et on trouble cet univers sauvage par nos cris, nos éclats de rire et nos tentatives de couler Paul. De temps à autre nous restons bouche bée devant l’esthétisme de certains passages, face à ces résurgences qui ont formé des concrétions aux formes appartenant à un autre espace. Alors, un silence respectueux s’installe, comme si nos bruits pouvaient perturber la croissance apathique du tuf, la lente précipitation du calcaire de l’eau circulant parmi les végétaux, la fusion entre le végétal et le minéral… Et lorsqu’un rare rayon de soleil vient illuminer la scène, c’est presque la larme à l’œil que nous admirons tant de beauté.

Belle formation Belle formation

Mais trêve de lyrisme et de nouveaux place aux jeux et aux événements impromptus tels la rencontre entre Laura et un serpent (énorme selon la protagoniste qui n’a vraiment pas tendance à exagérer dans ce genre de situation) et par la mort prématurée de mon appareil photo. RIP, mon petit Lumix qui m’a rendu de bons et loyaux services pendant tout de même trois ans. Déjà, il n’avait pas apprécié que je lui marche dessus sur le parking de la Maglia. Le gros coup de genou dans la vitre qui a subi dans la marche d’approche a fini par avoir raison de l’étanchéité de sa vitre arrière. Court jus ! C’est dommage, j’avais pas mal filmé jusque là… La vidéo n’aura pas de belle conclusion. Ce qui ne sera pas le cas de mon récit parce que s’il est facile de briser du matériel électronique, ça l’est moins de tarir ma prose.

Un habitant du vallon, sûrement un prince charmant Un habitant du vallon, sûrement un prince charmant

Une zone de marche un peu plus longue que jusqu’alors nous amène donc à un grand toboggan qui doit marquer approximativement la moitié du canyon. Petit hic, derrière lui, néant. Nous marchons pendant ce qui me semble une éternité (l’éternité n’est pas nécessairement un laps de temps très long quand on a ma patience). Nous tombons les vestes tant les moments où se mouiller sont rares. Là, je commence à comprendre pourquoi ce canyon n’est pas tant parcouru. La marche en rivière, c’est pénible. Finalement, après quelques mini sauts et plats dos, un petit encaissement et toujours des passages assez féériques, nous arrivons au vieux pont en pierre, point de repère immanquable de la sortie du canyon… quand on a lu le topo. Et même lorsque je demande à un baigneur qui me renseigne sur le quart d’heure de marche pour retourner à Breil par le sentier rive droite, nous décidons de continuer un peu, sûrement mus par l’idée que cette journée ne s’arrêtera pas de sitôt et que la rivière nous réserve encore de belles surprises. Lorsque nous arrivons deux minutes plus tard devant la tumultueuse Roya, c’est en effet surpris par notre stupidité que nous comprenons avec certitude que nous sommes allés trop loin. Bon, la route n’est pas loin et notre fierté nous empêche de faire demi-tour pour regagner le chemin de sortie.

Zone de marche Zone de marche

Je pars alors en éclaireur remontant la Roya en rive gauche jusqu’à ce que des dalles raides m’obligent à traverser dans le courant. Un peu d’escalade parmi les ronces et me voilà sur la route, au niveau d’un beau pont suspendu et fermé au public. Je me déséquipe, persuadé que mes compagnons de route ont compris que l’aspect extrême de cette section mérite largement de mettre son orgueil de côté et de remonter chercher le véritable sentier de retour. Mais lorsque dans un élan de courage rebelle, bravant l’interdiction et escaladant la porte barrant l’accès au pont, je vois 3 canyoneurs dans la rivière sous moi en train d’essayer de traverser, je ne peux m’empêcher de sourire : on ne s’était pas perdus sur la marche d’approche, il fallait bien qu’on galère sur le retour !! Je file donc rejoindre le sentier qui me ramènera assez rapidement à la voiture garée au village. Le regard ahuri des touristes attablés devant une bonne bière me renseigne sur leur incompréhension devant cette scène où un gars tout mouillé, en calbut et Corsitongs dépareillées, avec un sac à dos vert fluo arrive en courant au travers des rues du village pour se jeter tel quel dans un Kangoo et démarrer sans autre explication. Comme en cet instant je regrette mon appareil photo ! Je rejoins donc mes compagnons d’aventure qui m’attendent sagement au bord de la route.

Pied du rappel Pied du rappel

Après s’être changés, nous partageons un (traditionnel ?) pression pour les garçons/Magnum pour les filles au bar du village. A chacun son carburant. Mes geeks de compagnons partagent déjà photos sur FB et infos sur Descente-canyon. Moi, j’ai déjà la tête pleine de la suite de la journée : Laura nous a promis à Anaïs et moi un baptême de plongée !! Comme j’ai hâte de descendre à la mer pour voir comment je me sens dans un univers qui me fait vraiment flipper : le sous-marin. Mais je sens que je vous perds sur la fin de ce bien trop long récit alors je m’arrêterai ici. Après tout, ce blog est dédié au canyoning et à l’escalade et l’idée n’est pas d’y raconter toutes les péripéties de ma vie certes plus que trépidante. Alors je conclue sur un bilan rapide de la Carléva : une belle mais longue marche d’approche, une moitié de canyon exceptionnellement ludique et esthétique, mais une deuxième moitié vraiment longue. Disons que sans cette partie fastidieuse et rébarbative, le canyon aurait probablement allure d’autoroute et perdrait notablement de son charme… Ce qui est sûr, c’est que j’y retournerai l’an prochain en début de saison, avec un débit le plus gros possible et moins de nuages pour casser la lumière et l’ambiance dans le canyon. Et avec un appareil photo en état !!

Lumière sur le vallon Lumière sur le vallon

Bravo à ceux qui ont réussi à lire jusqu’ici, vous deviez bien vous ennuyer aujourd’hui ! ; p

Mais voici les quelques photos pour vous récompenser ainsi que la demi-vidéo de la journée. Et pour ceux qui suivent un peu le blog, vous remarquerez que le curseur des nouvelles vidéos est enfin déplaçable ! Enjoy !

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3 réponses à Balade en eaux claires : la Carléva

  1. Seb dit :

    T’aurais pu faire une page baptême de plongée maitenant que tu nous as mis l’eau à la bouche…T’as bien mis un article sur le Gélas…

  2. Sylvain dit :

    Ouais, j’avoue que je pourrais faire un roman sur ça, j’aurais vraiment beaucoup de sensations à décrire. Mais je n’ai malheureusement aucune photo ! On a mal géré sur ce coup là ! Et un article sans photo, c’est un peu trop sobre. En plus, j’ai 4 vidéos à monter, et une fin de saison de canyon qui n’en finit pas de se repousser. Bref, je n’ai pas le temps de tout faire ! Ben ouais, c’est triste à dire, mais c’est la vérité.
    Bises frérot ! Dommage pour Moulin de Roubion, je suis sûr que tu aurais aimé te faire saucer la tronche !! ; P

  3. Seb dit :

    Bah, c’est pas grave,tu me raconteras..

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